Réponse aux lecteurs curieux.
Des lecteurs enthousiastes, intrigués par cette nouvelle
revue qui semble venue de nulle part, m’ont demandé de faire connaître la
genèse de cette initiative qui apparemment ne laisse pas indifférent.
C’est le besoin de comprendre, de rechercher les causes
profondes du bouleversement récent dans l’actualité mondiale qui m’ont
poussé à entamer cette démarche. Non pas afin d’élucider uniquement les
ressorts politiques des violences dont nous sommes témoins, mais surtout
pour intégrer dans le débat public la dimension humaine et spirituelle qui
lui manque si cruellement. Mes études en sciences politiques ne peuvent
m’aider à fournir qu’une partie des clés puisqu’elles étaient enracinées
dans une démarche qui fondamentalement sépare les sphères du savoir. Ce
n’est que plus tard, en m’intéressant à d’autres disciplines intellectuelles
et spirituelles, que j’ai pu commencer à comprendre où se trouvaient les
vrais problèmes. Quant à les résoudre…
Le politique signifie aujourd’hui surtout la gestion des
affaires de la société par l’administration, l’économie ou encore l’exercice
de la loi. Comment y introduire l’exigence de reconnaître et d’explorer la
nature humaine pour, en retour, articuler le politique sur des fondements
plus réels et plus profonds? N’est-il pas naïf de penser que l’on peut
indéfiniment faire évoluer ce que nous entendons par la « civilisation » -
droits de l’homme, démocratie et autres projets éclairés - sans prendre en
compte de manière savante la part d’ombre, de violence atavique et
d’archaïsmes qui font l’humain? D’autre part, quel projet de société peut se
passer de l’aspiration au Bien, au Beau et au Bon?
Voilà plus d’un siècle que Freud, et d’autres avant lui,
ont déposé les fondements de la psychologie moderne. Entre-temps, ce type de
connaissance et de préoccupations se sont répandues dans beaucoup de
secteurs de la société: magazines populaires (féminins notamment),
entreprise (dynamique des groupes), développement personnel et pratiques
spirituelles. Des figures bénéficiant d’une grande popularité prônent, comme
le Dalaï-Lama, une plus grande connaissance de soi pour mieux agir ou
exigent, comme le scientifique Théodore Monod, de retrouver une sagesse
authentique dans la gestion de la vie en société. Malgré cela, nos
dirigeants ne semblent pas conscients de la portée que cela peut avoir sur
la politique. Ils pensent qu’ils doivent parer au plus pressé, et cela au
détriment de l’essentiel. Comment en serait-il autrement dès lors que les
doctrines, issues généralement d’une autre époque, sur lesquelles ils
s’appuient pour exercer le pouvoir laissent en marge ces dimensions
primordiales?
Il existe pourtant des approches qui elles fondent le
savoir et l’action sur l’essence de notre humanité. Ainsi en est-il de la
politique intégrale (voir page 5) ou des Human Economics, pour ne citer que
celles-là. On peut parler aussi d’initiatives récentes comme l’Europe des
Consciences (voir l’interview d’Arouna Lipschitz en couverture) ou Tikkun
Community, qui cherchent à réintroduire dans la politique des voix de
sagesse. Se peut-il que nos sociétés soient arrivées à une maturité où la
somme des connaissances psychologiques réunies fait qu’une masse critique de
personnes sont prêtes à sortir de l’ombre pour ajouter leur grain de sel, et
peut-être des idées de génie, au débat politique? C’est ce que semble
indiquer un visionnaire de l’Internet dans un article sur la « conscience
réseau » (page 8).
« Dimensions Intérieures » se situe à ce carrefour. Fruit
d’une impétueuse décision venant d’un ancien étudiant de sciences-po qui est
aussi un éclectique explorateur de l’essentiel, cette publication a tout de
suite galvanisé l’intérêt et l’enthousiasme de personnes qui elles aussi
cherchent à donner une voix à ce qui leur paraît primordial. Il est probable
qu’une équipe se formera dans les mois à venir pour donner plus d’ampleur à
cette initiative. Si le contenu se focalise pour le moment sur la dramatique
situation mondiale que nous vivons en ce moment, c’est parce que le besoin
est urgent de rechercher ses causes profondes et de mobiliser l’attention de
toutes les personnes préoccupées par le sort de la planète et pour qui la
quête de sens est d’importance. Il est probable toutefois que les thèmes
abordés se diversifieront avec le passage du temps.
Sacha Horowitz